Arrêt sur image, Ousman Gangué

Né à Nouakchott, un jour de décembre 1972, Ousmane Gangué a grandi à la Cité des Eaux à Dakar. Dans la capitale sénégalaise, Ousmane a, comme compagnon de jeu, Adama Cissé, ancien footballeur de l’équipe du Sénégal, et Demba Dia du groupe Rock  mbalax. Nonobstant un talent de footballeur (il a porté les couleurs de la Compagnie Sucrière Sénégalaise), il décide pourtant de faire de la musique, malgré l’opposition de son oncle paternel.

Débute alors un long bras de fer qui lui a même valu d’être chassé de chez lui. Mais Ousmane est une tête de turc, et ce qu’il veut, il l’obtient, contre vents et marées. Il crée un premier groupe en 1996, mais ce dernier ne connaît pas le succès escompté. Un an plus tard, il décide de rentrer au bercail pour se concentrer à la musique, et fonde le Koddé Pinal (les étoiles de la culture en Poular).

Très tôt, sa notoriété dépasse les frontières de notre pays, et c’est le grand Youssou N’dour qui, dans la quête de la perle rare, décide de le produire pour sa première cassette. C’est la réussite totale. A la télévision sénégalaise et dans certaines radios privées, ses chansons passent en boucle. Tout le contraire de la Mauritanie, où la presse audiovisuelle locale le snobe.

 

Après ce franc succès, il s’apprête à conquérir la scène internationale avec la sortie prochaine de son deuxième album. A bientôt 35 ans, il donne ainsi un nouvel élan  à sa carrière. Avec cet album acoustique, Ousmane va tenter d’imposer la culture mauritanienne à un public occidental qui jusqu’ici nous ignorait. Dans cette interview qu’il nous a accordée dans son appartement, sise, à la Socogim, il dit tout, sans langue de bois.

 

Vision :  Ousmane, vous revenez d’un voyage où vous avez fait plusieurs pays  européens, pouvons-nous savoir le but de cette tournée ?
Ousmane Gangué : J’étais invité à Nancy pour un festival qui existe depuis trente ans. J’y ai représenté la Mauritanie avec un groupe français. Beaucoup de grands chanteurs africains sont passés par ce festival. En marge de cette manifestation, je me suis produit en soirée folklorique dans d’autres villes françaises, comme Orléans, Dreux, Le Havre,  et Paris. Le public est venu en masse, surtout les Peulhs qui m’ont vraiment bien accueillis. Ils m’ont même invité dans leur foyer pour des débats sur l’Afrique et tout ces maux qui la gangrènent. Malgré la distance, ils sont restés poche de leur culture, et c’est très important.
Vision : Cette tournée n’est-elle pas le début d’une carrière internationale ?
O.G : Effectivement cela entre dans le cadre de la préparation de mon second album qui sera acoustique et sortira sur le marché international. Par conséquent, il était important que je sois présent à ce festival avec un public composé essentiellement de Blancs pour un avant-goût de ce que je leur proposerait dans un futur proche.
Vision : Parlez-nous de votre collaboration avec Youssou N’dour et le label jololi
O.G : J’étais en tournée à Aleg avec l’ex-président, Ould Taya, et nous avons beaucoup discuté ce jour-là. Il m’a conseillé de ne jamais abandonner la Mauritanie, de ne jamais me lasser de représenter sa culture, et a promis de m’aider. Il m’a mis en rapport avec un de ses conseillers, en l’occurrence Samba Thiam, qui se trouve être un ami de Youssou N’dour. C’est grâce à ce dernier que j’ai intégré jololi qui a produit mon premier album. Nous avons un contrat de cinq ans renouvelable. Youssou est un grand frère, un véritable professionnel, je ne regrette vraiment pas notre compagnonnage.


Vision : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous n’êtes pas en odeur de sainteté avec Baaba Maal ?
O.G : Il n’y a jamais eu de problème entre Baaba et moi, il faut clarifier cette affaire. La dernière fois que nous nous sommes vu à Dakar, il m’a reçu chez lui de 17 heures à minuit. C’est un homme que je respecte beaucoup, car nous sommes animés par le même sentiment et avons pour objectif le développement de la culture Peulh. Nous avons failli travailler ensemble pour mon premier album, malheureusement cela ne s’est pas fait. Quand j’ai signé mon contrat avec jololi, je suis allé chez lui pour lui en parler, et il a été très courtois avec moi. Il sait que mon seul souci reste l’émancipation de la culture Peulh. D’ailleurs, je prévois même de l’inviter dans mon prochain album.
Vision : Ousmane, tout le monde sait qu’une carrière internationale a ses exigences, êtes-vous bien armé pour cette aventure ?
O.G : J’en suis conscient, mais je vous rappelle que je suis sous contrat avec jololi où il y’a de vrais pros et qui ont déjà tout prévue. Ils ont l’habitude du haut niveau et  de ses exigences, donc je peux vous dire que je suis entre de bonnes mains. Cela dit, je n’exclus pas de m’ouvrir à d’autres personnes capables de mener ma carrière internationale. Je ne recherche que la perfection. J’en profite d’ailleurs pour remercier mon ami de toujours, Samba Pam, qui est en même temps un de mes conseillers.
Vision : Comptez-vous faire une carrière à la Youssou N’dour, c'est-à-dire vivre en Afrique, ou pensez-vous vous baser désormais  en Europe ?
O.G : Tout cela dépend de la façon dont je serais traité en Mauritanie. Je veux être reconnu à ma juste valeur. Vous n’allez pas me croire si je vous dis que la télévision n’a diffusé aucun de mes clips depuis que mon album est sur le marché. C’est regrettable ! Je suis l’ambassadeur de mon pays partout où je passe. Je veux rester ici afin de partager mon expérience avec la jeune génération. Je rêve de porter très haut l’étendard de mon pays, mais je n’y arriverai pas tout seul.
 
La plupart des artistes qui vivent hors de leur pays, y ont été obligés. Je ne peux plus supporter d’être humilié dans mon propre pays alors que je suis respecté hors de nos frontières. Mon talent est plus reconnu au Sénégal et dans les autres pays africains que chez moi. Comment pouvez-vous imaginer que je représente la Mauritanie dans le plus grand festival de France et que ni la télévision, ni la radio mauritanienne n’en parle ? C’est à la limite de la marginalisation.

En allant au festival de Nancy, j’ai apporté avec moi des billets de cent, deux cents, cinq cents et mille ouguiya que j’ai montré sur scène et dans des écoles fréquentées par des jeunes mauritaniens nés en France. A mon retour, je remis les films à la télévision et cela a été rangé dans les tiroirs, aux oubliettes. Il ne doit pas y avoir de parti-pris pour tel ou tel artiste, nous sommes tous mauritaniens. Pourquoi favoriser certains artistes au détriment d’autres ?

 

Vision : Que pouvez-vous me dire sur le groupe Jamm min Tekki ?
O.G : Ce sont des  jeunes très engagés et très talentueux. Je suis certain qu’ils feront une belle carrière. Tout comme moi, ils besoin de la reconnaissance et d’un coup de main. Ils sont venus me voir avant la sortie de leur album, et je ferai tout pour leur apporter mon aide dans tous les domaines. Il y a d’autres jeunes comme Dioba, ou encore Fama Sall, qui sont pétris de talent et qui ne demandent qu’à être propulsés au devant de la scène. Mais il est trop difficile de se faire une place au soleil en Mauritanie.
Vision : Quel sera votre dernier mot ?
O.G : Je souhaiterais que les autorités mettent à notre disposition une salle pour nos manifestations culturelles. Pourquoi pas la Maison des Jeunes ?


Je souhaiterais également qu’ils aident notre équipe nationale de football, car il n’y a pas meilleur ambassadeur que le football. Je suis sûr que si nos footballeurs sont mis dans les meilleures conditions, ils n’auront plus rien à envier aux autres.

 

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Dernière mise à jour de cette page le 18/10/2007
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